Expèriences familiales personnelles

 

IL s’agit ici d’un témoignage basé sur mon vécu pour appuyer mon choix de refuser une sévérité qui ne se justifie pas à horizon humain:

A une époque où les enfants dans leur grande majorité passaient leur première communion dans un moment festif et socialisant, j’ai été de ces enfants qui n’assistaient pas à la messe.  Toute petite je n’avais pas été sur les fonds baptismaux ce qui n’inquiétait vraiment que ma grand-mère paternelle « tout de même cette petite est un vrai cœur, comment Dieu ne l’aimerait-il pas? »

Cette vieille femme avait émigré  de son pays natal , jeune mariée à mon grand père, pour aller travailler loin de chez eux. Ils étaient nés dans un pauvre village du Comté Niçois, ils se sont retrouvés avec d’autres des leurs dans la ville de Toulon en plein boom économique avec sa flotte militaire pour les colonies. Mon grand père vendit ses bas pour fondre les métaux comme ouvrier de base à l’arsenal de Toulon. Il prenait la relève  des forçats employés jusqu’alors à ce travail et supportait comme eux, les fouilles des « gardes chiourmes » à l’entrée comme à la sortie du travail.  Ma grand mère  louait ses services comme femme de ménage.

Ils n’eurent volontairement qu’un enfant pour l’élever décemment. Mon père combla leur attente, il se révéla un bon élève et rentra à l’école d’instituteur avant la première guerre mondiale. Il se retrouvait volontairement près de son village natal, dans le département des Alpes Maritimes. très doué, il aurait pu poursuive à l’Ecole Normale Supérieure primaire à Paris. Mais la guerre contrecarra ce projet. Après ses classes à Saint Cyr, il fait la guerre comme sous officier  dans le chasseurs alpins à  partir de 1916. Béni des Dieux, il revint indemne du front. Il fut nommé dans un petit village non loin de chez lui où il rencontra sa première femme.

Je naquis longtemps après , cinquième et dernière de ses enfants. Mon père retiré de le vie active vivait solitaire. Notre maison située sur les collines de Nice s’appelait  «  les arbousiers ». Il aimait traduire en riant par les raisins de l’ours. Il travaillait un magnifique terrain au milieu des plantations d’œillets. Il en avait fait un magnifique verger orné d’un potager et avec des treilles de vignes abondantes. Il vivait comme un petit paysan aux rythmes des saisons et des travaux de la terre.

Affecté d’une grave surdité, il resté enfermé sur lui et  peu prolixe avec son entourage. Je n’ai à peu près rien su de son passé avec la femme dont il s’était séparé. Il m’a dit seulement, pressée par mes questions   »je le croyais méchante, elle était surtout malade. » Apparemment elle ne reçut aucun soin et finit sans anicroche majeure sa carrière d’institutrice. Il lui fit d’ailleurs trois enfants à dix ans d’intervalle. Je n’ai jamais su  si mon père s’était marié à l’Eglise avec Lucie de Beuil tant ma famille s’était au fil du temps déchristianisée. Déjà le père de mon père supportait mal l’état d’esprit de l’Eglise vis à vis des ouvriers. Il ne se sentait ni approuvé ni encore moins soutenu dans ses combats contre des industriels qui broyaient sa vie. Mon père avait fait l’école normale alors que les instituteurs apparaissaient comme les portes drapeau de la République contre l’obscurantisme et la superstition. Sa jeune femme très brillante sortait de l’école normale elle aussi. Mais la famille avait  beaucoup d’influence en ce temps et ma grand mère avait conservé intacte la foi de son village. Je pense qu’ils se marièrent à l’Eglise et que leurs enfants furent baptisés.

Pour nous, enfants du deuxième lit,  rien de tel ne pouvait être envisagé. Mes parents se marièrent en pleine guerre à la mairie très discrètement seulement en présence de leurs témoins. Le divorce d’avec Lucie  venait d’être prononcée, mon père avait la garde des deux filles aînées qui l’avaient demandées et son ex-femme, la garde du plus jeune , un garçon. Mais cette femme  surement assombrie ne pouvait pas élever son fils convenablement. Son fils fuguait et finalement rejoignit mes parents. Ma mère qui  avait fini ses études depuis quelques années à peine, était elle même institutrice . Avec sa mère dont elle avait la charge, elle se mit en demeure en plus de son travail d’enseignement d’élever les trois enfants qui lui échurent.

Après la guerre leur mère à tous trois, vivant dans un désordre accru par l’abandon, connut une fin dramatique.  Je ne l’apprit que beaucoup plus tard de la bouche d’une de mes sœurs. Ce secret dévoilé brutalement me brisa le cœur.

Ma mère se montra dans ces années de privation liée à l’occupation d’un dévouement très grand. Elle la jeune intellectuelle féministe retroussa ses manches préparant des grands plats pour nourrir l’appétit de ces jeunes. mon père commença à jardiner près de l’école.  Elle aida à permettre que tous trois puissent envisager un travail. L’ainée qui avait fait au départ l’école normale devint aveugle à la fin de la guerre. Ma mère lui apprit à taper à la machine à écrire et l’aida aussi à apprendre le braille. Ma sœur pu partir à l’école de Braille de Saint Mandé comme institutrice. La garçon qui avait joué avec de « mauvais garnements » se rattrapa si bien qu’il devint vétérinaire. La seconde après des études de droit devint elle aussi institutrice se maria et eu deux filles. Si leurs blessures n’étaient pas pour autant cicatrisées , ils s’étaient relevés, leur belle mère si volontaire avait réussi à les entrainer dans son sillage.

Cette énergie avait quelque chose de presque trop violent, comme sa fille qui l’aime je peux le reconnaître. Par ailleurs , en ce qui me concerne, les repères générationnelles furent  de fait pas mal brouillées. Ma demi sœur aînée avait à peine quelques années de moins que ma mère , par leur âge les enfants de mon père étaient plutôt oncle et tantes plutôt que  frère et sœurs. Mais quelle richesse de lien, quel apport grâce à cette grande famille si proche malgré tout. Mes nièces avaient quasiment mon âge, et nous partagions enfants.  Le dévouement de celle qui tenait les rênes du foyer me paraît aujourd’hui inouïe. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre d’un sort pourtant bien lourd elle était toujours joyeuse et forte presque trop.  Mon père vieillissait en silence paisible auprès d’elle. Resté très attentif au monde monde il lisait  les journaux et gardait l’oreille collé à la radio. Un homme au demeurant très profond et très attachant qui de bien des combats de sa première vie avait gardé l’esprit en éveil, toujours amoureux de l’écriture aussi.Il avait fait son aggiornamento sur bien des points et lisait la bible le soir dans son lit.

Simplement pour conclure, je voudrais insister sur la complexité de la vie qui rend impossible tout jugement. Personne ne sait ce qui serait advenu des ces enfants si mon père n’avait pas trouvé la force de partir.  Bien sur je ne serai pas née, je n’aurais pas souffert ce que j’ai souffert, je n’aurais pas non plus aimer comme j’ai aimer tout au long de ma vie. Quand à mon père, il a affirmé ne pas pouvoir vivre plus longtemps avec cette femme qui le rendait trop malheureux. Sans nulle doute, se responsabilité était engagé dans le mal être de sa femme mais celle-ci avait besoin de soins qu’elle n’a pas envisagée, faisant porter sur mon père un fardeau trop lourd pour lui.

Les hypothèses, j’ai été la première à en faire devant les maladies qui ont obscurci progressivement l’horizon de ma famille. Malheureusement, j’aurai voulu avec ma propre souffrance clore cette page, quoiqu’il en soit et moi la première je ne lis dans tout cela que le sceau du mystère et du silence. De ces cinq enfants ne restent plus aujourd’hui que mon frère et moi.

 

 

Autre témoignage plus bref sur ma grand mère maternelle qui vivait auprès de ma mère dans notre maison sur les collines de Nice  où mes parents enseignaient et qui est morte quand j’avais neuf mois.

Elle était née dans le Tarn et Garonne près de Castel Sarrasin. Sa mère était morte dans son enfance, son père qui était un petit notable franc-maçon se remaria. Il eut deux fils, sa femme était rude de caractère , Guilhelmine, bonne élève, dut abandonner ses études pour s’occuper de ses demi frères. Sa belle mère l’occupa à coudre son trousseau. On la maria à un homme qu’elle n’avait pas choisi et qu’elle vit le jour du mariage. Tout cela existait encore au début du XX siècle. Son mari avait de l’ambition, il voulait se lancer dans les affaires, revenant de 14 -18, il vendit la boulangerie dont il avait hérité pour partir dans le midi. Inutile de préciser qu’il s’était marié à l’Eglise après avoir enterré sa vie tumultueuse de garçon. Ma mère naquit en 1912 peu après.

Cet homme de retour de la guerre ne supporte plus sa femme mais il ne veut pas contrevenir aux bonnes mœurs . C’est un homme de droite, catholique de formation. Il va sauver les apparences. Venant travailler dans le midi, il sépare sa femme et son enfant de leur famille qui  ferme les yeux sur la vie de ces deux femmes. Elles vont vivre ensemble très petitement dans des appartements pauvres dont elles changent sans cesse au grès des revers de fortune de cet homme qui ne réussit pas comme il le souhaiterait. Lui donc ne vit pas avec elles, il effectue quelques visites rapides car il a des projets pour sa fille, en particulier pour son futur métier. Il voudrait qu’elle fasse du commerce. Elle n’aura de cesse de refuser. Des fois une de ses maîtresses séjourne quelque temps là où elle vivent. Guilhelmine fait le garde malade.

Pour boucler leur fin de mois, ma grand mère brode pour des maisons. Ma mère excellente élève choisira l’école normale pour avoir rapidement un salaire qui leur permettra d’échapper toutes deux à l’emprise de cet homme. Elle m’a raconté ses larmes et son cœur gros de laisser sa mère seule alors qu’elle se retrouve pensionnaire dans cette école qu’elle va beaucoup aimer. Elle découvre l’histoire des religions et perd la foi. Son premier engagement social sera pour le droit de vote des femmes. elle sera une jeune suffragette.

Dans cette histoire, ma grand mère a quasiment supporté l’insupportable, elle a été humiliée comme femme, comme mère. Elle ne s’est pas révoltée, elle a tout accepté. Elle est morte d’un cancer justement  au moment où sa fille mariée devenait mère comme si elle se sentait de trop. Celle qui a dit non c’est sa fille, elle l’a dit à sa place. Son père a rencontré son opposition et je crois que ce n’était que justice. Entendre un non dans certains cas, vis à vis d’ une société faite d’abord pour les hommes, c’est très important.

Souvent dans mon travail auprès des femmes battues, je rencontrais des situations  si malheureuses socialement que toute solution pérenne pour redémarrer quelque chose paraissait impossible. Mais Il y avait déjà le fait de partir , de trouver un refuge pour elles et leurs enfant, de montrer aux maris  violents que ces femmes ne leur étaient pas entièrement soumises. Elles avaient un échappatoire, une solidarité s’organisait autour d’elles. Notre association opérait un renversement du rapport de force et déjà quelque chose de positif se passait. Etre capable de mettre fin à un processus parfois d’abandon parfois d’enfermement  à deux, le dire par un mouvement de révolte même, est légitime. Dire ce n’est plus possible, c’est fondamentalement un droit et un devoir  qu’une société respectueuse de la personne humaine dans toutes ses composantes ne peut que accompagner.

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