re enchanter la solidarité: session du ceras janvier 2015

BJLABRE1

fichier doc Aperçus sur la session du CERAS de fin Janvier 2015 consacrée à la question du Ré enchantement de la Solidarité

SESSION DU CERAS CONSACREE AU RE ENCHANTEMENT DE LA SOLIDARITE  (Janvier 2015)

Commençons par le concret : Une visite au siège de Saint Vincent de Paul à Paris dans le cadre de la session parmi d’autres propositions : La soeur Elizabeth, qui accueille notre groupe, quant à elle intervient humblement sur le terrain. Reprenant le flambeau de Diaconia 2013, elle aide dans le même état d’esprit à « donner la parole aux pauvres »  actuellement en ce qui concerne l’Association Saint Vincent de Paul. Celle-ci dans son désir de se faire mieux connaitre, prévoit un grand rassemblement national à Metz pour la fête de la Pentecôte. Nous sommes reçus dans des bureaux de l’Association, pour ma part sous une grande peinture représentant le fondateur Saint Vincent de Paul. La volonté affichée n‘est pas de regretter le passé  mais plutôt de retourner aux sources dans un mouvement de refondation. Cette sœur nous  présente avec fougue ce projet qui selon elle innove comme en son temps Diaconia 2013 qui malgré tous les moyens déployés est resté un feu de paille. Cette sœur initie un mode de fonctionnement proche. Dès le démarrage se met en place un groupe de gens très pauvres qui formulent leurs attentes,  leurs visions en rapport avec cette proposition. Ce groupe devient en acte partie prenante et même moteur dans la réalisation des aspirations de ceux qui le composent.  Nous n’avons pas rencontré ce groupe mais sœur Elizabeth nous a donné sous forme papier une interview de Françoise, une femme  pauvre qui est très impliquée dans ce projet.

Voici quelques -unes de ses réactions. La parole à Françoise dans un texte d’interview : « Qu’est –ce qui te marque dans la préparation ? – J’ai droit à la parole. J’ai pris conscience que je pouvais dire quelque chose, que ma parole était même écrite ! Dans un compte rendu…j’ai retrouvé des mots que j’ai dits. Pendant le rassemblement, qu’est- ce qui est important ? -…Il faut faire découvrir aux autres la multitude de facettes de chaque être humain.Ca ramène aux vitraux de la cathédrale de Metz (voir l’affiche conçue par un groupe de ces personnes) : … des morceaux de verres aux mutiles facettes…En fonction de la lumière qui passe à travers, le spectacle est différent ! Qu’est-ce que tu souhaites pour les gens qui vont venir ? – Qu’ils repartent avec des étoiles plein les yeux. Qu’ils découvrent les personnes qu’ils accompagnent de manière différentes, qu’il n’y ait plus de barrières entre les différentes personnes, aidées ou aidantes. Pourquoi beaucoup de personnes accompagnées au rassemblement ? – Parce qu’elles ont toutes quelque chose à dire ! Parce qu’elles ont toutes un talent et qu’elles n’en ont pas forcément conscience…. Et qu’on passe à l’action !!!Et que là où on est, on arrive à former des groupes avec un projet commun. Des groupes, pourquoi faire ? – Peu importe le projet mais le faire ensemble, personnes accompagnées et personnes aidantes, … et sans distinction. Prendre des temps gratuits de bonheur ensemble, comme marcher au bord de la mer ;… pour faire tomber les barrières ! Rendre visible l’affection des personnes entre elles, car elles ne se connaissent pas ! Et n’osent pas s’approcher et restent dans leurs habitudes parfois. Cela passe au-delà du besoin de manger ou de se vêtir… Comme ça on sort de soi et on regarde de manière plus positive le monde et sa vie ! »

J’écouterai un témoignage très émouvant de Françoise à propos de sa confirmation lors du rassemblement à Metz mais je n’aurai pas l’occasion à ce moment là, d’entendre ni de rencontrer sœur Elizabeth dont la fougue exprimait sa propre origine d’enfant du Quart Monde. Elle m’était apparue comme une innovatrice dans la fraternité dont le rôle était central. L’ensemble du rassemblement par sa chaleur et sa vitalité m’a cependant touché.

Le fil rouge de cette  réflexion au sujet de la solidarité  s’organise bien autour de Diaconia 2013 à Lourdes : Cet évènement marque une nouvelle manière de « faire église » qui est en même temps un retour aux sources même des Evangiles. On reconnait dans Diaconia 2013 l’enseignement de Jésus dans les Béatitudes, par exemple en Luc 6,20 : « heureux vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous » dans le même registre Matthieu lui parlera des pauvres d’esprit. La nuance est importante. En effet le groupe de préparation au rassemblement à Lourdes, « places et paroles des pauvres » insistera par l’intermédiaire de jean Claude Caillaux son animateur,  sur la différence entre une pauvreté (vulnérabilité) qui touche à la condition humaine dans ses limites et qui  concerne la maladie, les risques climatiques, la mort, tout ce qui développe une angoisse existentielle. Par rapport à cette pauvreté, il met en avant une pauvreté sociale due à la précarité, une véritable misère qui conduit à un cumul des difficultés et à leur aggravation.

L’EXPOSE DE GRIEU DANS LE CADR DU CERAS:

Diaconia 2013 s’adressait en priorité « aux misérables » à ceux qui vivent un dénuement matériel tel qu’ils sont privés tout entier d’existence. Cette manifestation avait voulu donner la parole aux pauvres. C’est le titre du livre que l’on peut aujourd’hui consulter, relecture de la démarche de Diaconia 2013, « servons la fraternité » et qui s’intitule « Eglise : quand les pauvres prennent la parole » aux éditions franciscaines 2014. L’exposé proposé à la session du Céras, par Etienne Grieu (faculté jésuite de Paris) repart de cette expérience de Diaconia 2013 qui a ébranlé  l’attitude charitable. « L’Eglise s’y découvre signe de solidarité ». Etymologiquement solidarité vient de solidum qui signifie agir pour le tout dans une conscience de son interdépendance. Jean Paul II se réfère à cette notion de solidarité  en en faisant une quasi- vertu théologale pour le social. Celle-ci parvient à son aboutissement dans une unité du genre humain que les chrétiens désignent par le mot communion.  (Sollicitudo rei socialis,40) Dans cette geste de Diaconia 2013 la solidarité avec les plus pauvres n’est plus seulement comme « un supplément d’âme », ni limitée à une sphère particulière comme une tranche de camembert. Celles qu’Etienne Grieu désigne par la périphrase, « de personnes en détresse », viennent bien des  périphéries de la société et n’appartiennent plus à l’Eglise institution pour la plupart. Les réintégrer dans l’Eglise implique de revenir aux origines de l’Eglise.

Mettre au cœur la solidarité, c’est précisément ne plus parler tout seul, Etienne Grieu parle pour l’Eglise de «  se laisser déranger par ceux qu’elle n’attendait pas, au premier rang  des quels il y a les personnes en détresse. » Elle se remet en mouvement à la rencontre d’autres forces sociales, sans volonté d’autopromotion, mais dans un « débordement ». L’Eglise de par sa vocation se laisse travailler par quelque chose de plus grand qu’elle, qui peut être saisie sous la forme d’une unité de l’humanité qui la dépasse comme ce qui la précède et qui sollicite tout particulièrement ceux qui sont en demande d’une reconnaissance. Etant en détresse, niés dans leur existence, ils sont en quête d’humanité pour eux et par répercussion pour tous. L’attitude courante face aux pauvres c’est le rejet l’exclusion. Une des phrases du second Testament les plus citées dans la préparation de Diaconia, marque la volonté des participants de rompre avec ce cercle de l’exclusion, c’est un phrases des Actes: AC 4 ,11 : « la pierre rejetée est devenue la pierre d’angle. »

Question de Patrick Viveret parfaitement ajustée à un monde de fractures qui ne doivent pas devenir irréversibles : comment font ce qui ont commencé à faire ? Le commencement ne part pas de rien au moins le chaos avant…Un bourgeonnent, par exemple autour de la question primordiale du chômage. A nouveau Patrick Viveret : comprendre ce problème ce n’est pas tout ramener au problème de l’emploi. Le terme de «  capability » utilisé là par  le conférencier, désigne toutes les potentialités créatives : chacun a des talents, des richesses. Les métiers les ministères mystérieux, le compagnonnage, nous font chef de projet de notre propre vie, à la place du travail, il est possible de développer une œuvre créatrice. Tous ces mots  font du bien, ils définissent « un buon vivre »comme sobriété heureuse. Le  bel exposé d’une expérience en cours de Patrick Valentin d’ATD Quart monde illustre ce propos. A partir d’un trépied de départ, 1) personne n’est inemployable, 2) le travail utile ne manque pas, 3)ce n’est pas l’argent qui manque, il s’est adressé aux responsables municipaux (…) d’un territoire assez restreint, rural surtout. Tout le monde s’est réuni autour de la table, trouver des services divers à la personne (ect.) qui améliorent la vie des gens et permettent pour d’autres une rémunération. Prenons le risque de réussir, telle est sa phrase choc.

 A chaque fois pour réussir, ce n’est pas partir de soi de ses idées ou idéaux mais des autres, de leurs besoins :EXPOSE DE CUILLAUME LEBLANC:

Guillaume Leblanc, le mari de Fabienne Brugère, lui -même philosophe, par son intervention a permis d’affiner ce qu’on entend par cette écoute de ceux qui sont privés des moyens d’expression les plus simples. Pour lui, il s’agit de mettre en place « ce dispositif auditif »  qui libère la parole abimée du pauvre, il parle à son sujet « des vies minuscules ». Cela suppose que s’opère un décentrement  pour l’auditeur et du coup un recentrement  pour l’interlocuteur. Il dénonce le RSA comme une régression par rapport au RMI. Avec la réintroduction d’une dimension d’une recherche du travail dans cette aide minimale aux plus pauvres, on remet en avant l’assistanat comme surveillance du bénéficiaire soupçonné de profiter, une vision de l’aide sociale comme un donnant donnant. Le RSA fait peur, les pauvres renoncent souvent à la demander. «  Ainsi c’est sur l’individu même qu’est reporté la responsabilité de son échec psychologique à trouver du travail. » Guillaume Leblanc souligne que dès la Constituante est reconnue un droit de subsistance conçue comme une dette envers les plus pauvres. Il s’agit alors d’un impératif social. Mais le danger de la globalisation consiste à  parler dans leur dos, à parler à leur place.  On les contraint à un comportement normatif où la règle est posée par nous en fonction de nos valeurs : « si on ne fait pas d’efforts, il est normal de ne rien gagner. »

Une véritable rencontre suppose d’accepter de mettre au placard son système de valeur : Les vies minuscules sont les vies de ceux qui bricolent, se débrouillent à partir de leur dénuement. Le philosophe sociologue De Certeau  dépeint ainsi le personnage de Charlot comme celui qui persiste dans la pauvreté, dont l’existence de pauvre est éminemment dérangeante. Prendre soin du pauvre avec la référence à la notion du care, permet de restituer au pauvre sa capacité d’agir, restituer à ces vies minuscules leur humanité. Cela implique de construire une structure d’attention à l’autre qui permette une écoute libre qui laisse circuler les affects : se pencher afin de mieux   tendre l‘oreille à une voix qui commence dans le presque inaudible de quelqu’un pauvre .  

S’ils sont minuscules, il faut se baisser pour les écouter,  pour autant faut-il les  laisser choir ? La Présidente du Secours Catholique Véronique Fayet  expose lors de cette session, son expérience de Bordeaux où elle a essayé de réunir le plus grand nombre d’Associations possible pour connaitre les besoins  des bordelais qui souffrent mais aussi pour en diffusant ce qu’ils vivent faire pression avec les Associations regroupées sur les instances politiques municipales. Sans leur collaboration, rien ne se réalise aisément.  Evidemment cela ne se fait pas sans combattre mais visiblement nous avons affaire avec Véronique Fayet à une femme déterminée.

Revenant de cette session du Céras, Patrick Viveret avec d’autres mouvements Associatifs ont lancé une pétition pour une semaine nationale de Solidarité soutenu par exemple, grâce à mon blog( !), par le président d’Habitat et Humanisme à Lyon. Je vous invite donc à continuer à signer…

Extrait de« Eglise : quand les pauvres prennent la parole » : qu’il y ait un changement (p 107) «  C’est tout l’Evangile qui est vrai. Ce n’est pas parce que je me force à croire, mais ce sont mes frères qui me disent que c’est vrai et les mots de confiance, d’espérance, prennent un sens et  deviennent vivants en moi parce qu’ils sont vrais dans la vie des autres. J’ai besoin de mes frères et sœurs pour découvrir les Evangiles, c’est vrai et j’ai en particulier besoin de ceux qui passent par des chemins plus douloureux. »

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