une expérience dans une cité de Marseille

Quelques impressions qui mériteraient d’être complétées,  à partir de la fréquentation d’un public divers dans un local du Secours Catholique  situé dans une cité. Suzanne Maurice

Je me sens très modeste devant ce déferlement d’analyses pour comprendre les « événements » autour des 17 morts de journalistes de policiers et de français de confession juive. Je ne veux pas voir la page  tournée purement et simplement comme si je restais extérieure sans aucun engagement dans ce qui se passe. Ces quelques lignes sont un premier témoignage à partir d’un investissement  qui prend la forme d’une simple visite régulière  dans une cité, située au centre de Marseille, non loin de la porte d’Aix.

 

PREMIERE ETAPE: UNE AMITIE NOUEE DANS LA CITE AVEC UNE FRANCAISE CHRETIENNE D’ORIGINE LIBANAISE

Cette cité est  en communication avec le reste du quartier, elle appartient à un ensemble plus large mais très marqué par une population  pauvre,  à dominante maghrébine, très affairée à toutes sortes de tous petits commerces et sans doute dans le tas de trafics. La famille que je connais le mieux et avec lequel j’ai un véritable lien est libanaise chrétienne maronite. C’est une famille arabe dont tous les membre ont la nationalité française.  Proposant un atelier dit d’expression de soi dans un local devenu celui du Secours Catholique, j’ai peu à peu tissé un lien fort avec la maman de cette famille. Son mari, un homme, plus âgé qu’elle montre un calme et souvent même une douceur propre à ces gens d’Orient. Empêché de travailler suite à une condamnation,toujours en attente d’être fixé sur son sort, c’est lui qui prend soin de leurs trois enfants de douze ans à quatre ans. Il les accompagne la plupart du temps à leurs différentes activités. Les parents ont tenu à éloigner ceux-ci dans leurs études de la cité. Jusqu’à présent, ils fréquentent des écoles privées catholiques …  Les adultes vivent du RSA et des allocations familiales, mais la mère qui a fait des études supérieures dans son pays aspire à trouver un emploi et enchaîne  les formations . Néanmoins elle est souvent requise pour s’occuper des siens. J’ai découvert grâce à eux l’étendue de l’hospitalité libanaise et l’abondance délicieuse de leur cuisine qu’ils continuent à pratiquer en France. Invitée dans leur appartement, grand mais peu meublé et peu arrangé, je suis toujours  très bien reçue, souvent avec d’autres amis du couple ou des passants qui leur parlent de la rue le long de leur terrasse. J’ai pu admirer  les qualités de cette femme, j’ai très vite compati à l’expression de sa souffrance qui se répand en une longue plainte. Découvrant un être doux  et plein de grâce, j’ai ressenti pour elle une véritable amitié,  parfois aussi désemparée par une certaine froideur par rapport à ses petits. Mais  comment comprendre tout ce qu’elle ressent, je ne connais qu’une partie infime de son histoire..

 

UN TEXTE DE MON AMIE  écrit dans le cadre de mon ATELIER « EXPRESSION DE SOI »:

Les beaux jours du printemps me rappellent du soleil avec ses rayons 
brillants, de la verdure  dans les prairies, des papillons, des oiseaux 
qui gazouillent, des beaux souvenirs passés avec ma famille dans mon 
village au Liban, Baalbeck "la ville du soleil".
Mon village me possède. Il est dans mes pensées, dans mon cœur, dans 
mon sang. L'odeur de sa terre reste jusqu'à présent dans mon nez.
Ses habitants sont très accueillants, généreux et s'entendent très bien 
malgré leurs différentes confessions.
On entendait en même temps les cloches des églises qui sonnaient pour 
indiquer le début de la messe, un mariage ou un enterrement et, 
parallèlement les chants coraniques des mosquées pour indiquer les 
heures de prière.
Le respect, la convivialité dominaient. Les gens étaient main dans la 
main pour les évènements douloureux ou joyeux.
Les habitants travaillaient dans la terre et vendaient leurs produits 
aux visiteurs.
Combien me manquent ces moments de détente, de joie et de paix que 
j'avais sentie quand j'avais treize ans alors que je le visitait pour 
la première fois.
De sa belle nature et de sa bonne terre est né le philosophe libanais 
Gibran KHALIL Gibran qui a été inspiré de cette beauté pour écrire son 
livre "le prophète".
Mon village au printemps c'était la terre multicolore, le jasmin, le 
coquelicot, la lavande, les roses, les muguets, la violette, le 
tournesol.
Vingt deux ans plus tard, le printemps a changé d'aspects pour moi 
mais, il reste le voyage de l'espérance, le mois de la Vierge Marie, la 
fête pour la réussite et les anniversaires.
Joyeux anniversaire pour celles et ceux qui sont nés en printemps. J'en 
fais partie, je suis née en Juin.
Je vous invite de participer avec moi à l'atelier d'expression de soi. 
Si vous êtes intéressé par cet atelier il suffit de venir les mercredis 
de 17 heures à 19 heures. Le thème est libre souvent appuyé sur un 
petit récit, un conte ou une image. La porte est ouverte aux personnes 
qui ont besoin de s'exprimer, donner un avis et partager la parole 
autour d'un thème au choix.

Le jour de la fête, pendant que mon amie lisait son texte dans la cour  de notre local, il y avait des jeunes femmes musulmanes le visage encadré par un voile. Bien que parlant entre elles en arabe, elles avaient écouté le texte  et m’avaient lancé un long regard ému. Un bref instant nous étions réunis par l’évocation de son pays par notre écrivaine. Cette lecture a marqué la fin de cette atelier. Beaucoup des femmes qui nous fréquentent souhaitent apprendre ou se perfectionner en français. Un atelier plus créatif où il s’agit plus de soi les intimide et malgré le plaisir de se retrouver et d’échanger , je n’ai plus réussi comme au départ  et je me suis découragée. Je crois malgré toujours aux bienfaits de cette parole libérée et où chacun s’écoute pour se découvrir. Je pense que mon échec prend une autre résonance dans le contexte actuel où la rencontre que j’avais faite initialement  avec mon amie libanaise est  une exception. Il faut ajouter que cette cité autrefois fréquentée aussi de façon très diversifiée, ne l’est presque plus .

En outre le local du Secours Catholique au départ assez laissé aux initiatives fantaisistes ,  depuis sa rénovation, s’est organisé de façon plus rigide. A un accueil bénévole animé par une jeune Comorienne, s’est substituée  une salariée qui du coup se sent investie d’une responsabilité de premier plan dans l’ordonnancement des activités.  Un salarié du Secours Catholique  est chargé de superviser de loin en loin les diverses activités en les promouvant, un atelier qui a un rôle moteur  emploie une professionnelle rémunérée, une chanteuse qui a mis sur pied une chorale parfois invitée à l’extérieur. On nous assuré que tous ces frais étaient seulement provisoires pour relancer ce lieu tout un temps fermé. Un responsable bénévole a été aussi nommé mais il ne fait bien malgré lui qu’alourdir un fonctionnement qui perd toujours plus en lisibilité. Cette organisation devrait être provisoire mais qui y croit? Après tout, il reste que  chacun est plein de bonne volonté et peu ou prou « ça fonctionne ».

 

DEUXIEME ETAPE: PARTICIPATION A UN ATELIER POUR ENFANTS:

Voyant que mon atelier d’expression de soi avait du mal à  fonctionner, je me suis associée à celui du mercredi après-midi pour les enfants en proposant toujours  des jeux d’expression, autour du portrait par exemple… Pour les enfants le grand moment de cet atelier c’est la peinture animée par une femme qui a un vrai goût artistique. En outre des jeux de société se déroulent grâce à une troisième . Les enfants se plaisent de nos différentes propositions,  une grande joie a été  de rentrer aussi en contact avec leurs mamans qui viennent là avec leurs plus jeunes enfants dont elles sont responsables. La date limite d’accueil pour nous c’est 7 ans. Ces femmes toujours voilées parlent entre elles tout en nous observant. Elles sont timides mais peu à peu voyant notre intérêt pour elles nous parlent, nous tentons même de les associer à ce que nous faisons. Les plus jeunes enfants quant à eux  s’intègrent à nos activités. Après tout un temps d’observation, une collaboration commence à s’instaurer pour le rangement. Lentement on dirait qu’elles s’ouvrent à nous. Deux d’entre elles au moment du goûter me confient qu’elles préfèrent les fruits aux gâteries pour leurs enfants. Je leur dis que je suis d’accord avec elles et que ma fille qui  a travaillé sur ces questions serait contente de leur réaction.

Le mercredi 7 Janvier après les informations de midi, je suis à nouveau dans la cité au local du Secours Catholique. On pourrait dire c’est comme chaque fois les enfants, les activités , une réflexion ou deux, ils sont encore si petits mais déjà fiers comme quand l’Algérie gagne en foot . Je suis persuadé qu’ils ne mesurent pas de quoi il s’agit. La mort pour un petit de  8 ans qui me dit qu’il n’est pas Charlie, qu’est ce qu’il en comprend? Seulement on parle d’eux (de leur religion sur un autre ton que le mépris). Je crois qu’ils réagissent seulement à cela…Ils sont cependant bien là occupés à leurs activités.Par contre leurs petits frères et petites sœurs ne sont pas là ni leurs mamans.

La semaine suivante nous sortons au muséum d’histoire naturelle, une sortie programmée par l’animatrice de la peinture depuis un certain temps. Nous faisons le plein d’enfants mais  aucune maman n’accepte de  les accompagner.C’est un grand moment de détente, de rire. La visite qui aurait pu être aride grâce à un jeune guide africain se met à les passionner. Celui-ci est très pédagogue et suscite des réponses inattendues à ses questions. Il s’agit des animaux dans l’océan et des hommes, d’une évolution qui ne cesse de se ramifier pour une toujours plus grande diversité. Après ce temps de grande écoute et participation,  comme des moineaux,  les enfants s’ égaillent dans le parc, certains s’intègrent sans hésiter à un jeu de ballon mené par des inconnus, d’autres , esquissent des mouvement de danse à la suite d’une jeune noire et de son amie blonde, les derniers bondissent derrière les buissons sous la direction d’ un jeune bénévole qui a tenu à venir avec nous cet après-midi là. Ce jeune homme montre une efficacité et une détermination qui nous enlève quelque inquiétude. .Cette première fois ne sera pas la dernière espérons le…Nous en retirons déjà une nouvelle proximité avec ces enfants que nous découvrons autrement. je suppose que c’est réciproque.

Une autre séance plus habituelle ne voit toujours pas  le retour des mères et des plus jeunes.Que s’est -il passé comment l’interpréter? C’est tellement étrange ces femmes semblaient trouver un réel plaisir à se retrouver, petit groupe amical à nos côtés.

 

L’INTERRELIGIEUX  AU JOUR LE JOUR:

Quand je vais chez mes amis libanais, leur appartement est au rez de chaussée. Ils disent qu’il y a des rats et qu’il rentrent par leur terrasse. Au delà de la terrasse, et par delà une rue, il y a aussi une mosquée non officielle, j’ai vu parfois dans la rue des hommes avec une barbe fourni, vêtus  d’étranges robes se diriger vers là. Mes Libanais se lamentent d’entendre à nouveau leurs prières insistantes. J’essaye de minimiser  leur anxiété quasiment paranoïaque face à cette présence qui les renvoie à un passé qu’ils ont voulu fuir en vivant en France.Je leur assure que malgré les apparences, rien ne se passe ici comme au Liban. la France a des traditions fortes et peut aussi contrôler des agissement dangereux. D’ailleurs mon amie a souvent fréquenté des ateliers avec des femmes de son quartier de tout origine, bien sur qu’ elles s’entendent bien pour la plupart.

Mais comment comprendre dans un contexte de nouvelle tension depuis les attentats la soudaine disparition de ces femmes qui assistaient si gentiment aux animations pour leurs enfants.   Je  regrette beaucoup cette défection. J’espérais vraiment au fil du temps  réussir à entrer en dialogue plus profondément avec l’une ou l’autre grâce à ce lien qu’étaient leurs enfants.  Nous partageons des sentiments comparables, celles qui fréquentent cet atelier aiment les enfants.  J’imagine sans peine le terrible déchirement que vivent certaines de ces mères dont les aînés, un jour, dramatiquement coupent les ponts et partent au » djihad ».  Ces femmes se retrouvent des Marie au pied de la Croix, leurs enfants risquent la mort même si eux mêmes commencent par la semer.

Une  très belle église domine ce quartier, dressée au sommet d’une butte . Cette église ne reçoit pas les fidèles chrétiens, elle est fermée depuis quelques années et la réfection nécessaire à son ouverture traîne.  Mon amie chrétienne maronite et quelques autres habitants du quartier regrettent cette fermeture, souhaitant plus que jamais une présence chrétienne proche de leur s foyers… En attendant, un retour de leur culte,  un petit groupe de prière chrétien tente de commencer dans le local. Voulant aborder la question en réunion, j’ai soulevé les réactions de femmes musulmanes présentes. Elles font ensemble un atelier de cuisine, très important pour la tenue de fêtes régulières dans le local. Elles se sentent aussi légitimement chez elles. L’une d’elle en partant m’a proposé de lire avec elle son livre de prière.

UNE CONCLUSION SANS DOUTE QUE PROVISOIRE:

J’en suis restée là car je partais à Paris. Cependant les mères de notre atelier devaient être recontactées par notre responsable de l’accueil.Ce dont je suis sure déjà c’est que c’est très long de s’installer dans ce genre de lieu où les contacts ne s’établissent que très lentement. Les enfants qui m’ont parlé de l’école de leur quartier qu’ils disent aimer , sont plutôt à l’aise et confiants. Petit à petit, si on nous laisse un peu de temps et si Dieu le veut,nous réussirons à améliorer l’atmosphère …   Faire une place à des rencontres qui permettent de se connaître …

LAISSER LE TEMPS TISSER DES LIENS NECESSAIRES A DES PAROLES D’APAISEMENT.

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