Apprendre de l’autre et dissoudre les barrières

Quelles sont vos raisons d’espérer ?

Je répondrai : les barrières peuvent tomber, les fractures peuvent se réduire,  le cœur de chacun peut se transformer  de s’immerger parmi les autres et  d’apprendre d’eux.

Quand on regarde l’exposition de Depardon du Mucem, Marseille ce n’est plus la France mais une agglomération du monde comme il en existe beaucoup dans le monde. On y est dépaysé à de nombreux coins de rues, avec des gens de toutes les provenances, un chatoiement de vêtements des plus traditionnels aux plus américanisés. Si on n’aime pas les marchés africains, les ventes à la sauvette et ceux qui les tiennent, des  pauvres bourges d’étrangers, il vaut mieux s’en aller.

Quand on est aux Grands Carmes juste derrière le Conseil Régional, on est dans le centre-ville. Mais celui-ci est cloisonné tout en ayant des rues fréquentées par tous. Avec  les Carmes se découvrent un quasi ghetto où l’on rentre le cœur battant avec ses SDF  rencognés dans un coin et des groupes de jeunes cagoulés. Les derniers évènements ont attiré l’attention sur une mosquée sauvage où passent parfois des barbus en grandes robes.

C’est là que se tient un local du Secours Catholique où j’ai rencontré Macha une femme jeune d’origine libanaise. C’est une chrétienne maronite. Passionnée d’écriture, avec une bonne maîtrise de la langue française, elle s’est vite investie dans l’atelier que j’avais intitulé «  d’expression de soi ».  C’est elle qui a fait le premier pas en m’invitant dans son appartement  au rez- de- chaussée d’un de ces immeubles. Elle a soupiré qu’elle ne voulait plus vivre ici. J’ai été surpris. L’appartement est spacieux pour loger ses trois enfants, une terrasse  s’ouvre au soleil, elle était à pied d’oeuvre pour tout. A mes objections elle m’a répondu agacée qu’il y avait des rats.

Des rats? Vraiment seulement des rats importuns ? Comme tous les petits bourgeois, je n’aime pas le racisme. Mes hôtes sont arabes.  Son mari au Liban, s’était battu du côté des phalangistes. Tous deux n’apprécient pas  d’être partis pour se trouver en France dans une cohabitation avec les musulmans qui va jusqu’à la promiscuité. Il y a en face de leur terrasse la mosquée et ses prières répétées. Ils m’expliqueront qu’on ne se méfie pas assez en France de ces gens, ils sont prolifiques et vont tout envahir. Leurs enfants fréquentent des écoles chrétiennes privées loin de ce quartier pour ne pas être contaminés par leurs enfants mal élevés. On dirait qu’ils les craignent comme la peste.

Apparemment ils ne manquent pas de l’essentiel. Ils  préparent des repas savoureux, je découvre une cuisine sophistiquée et  abondante.  La télévision trône souvent allumée avec une chaîne libanaise, un ordinateur. Une vie matériellement convenable.

Ils sont tous les deux au RSA avec quelques aides supplémentaires, et toute la panoplie des services sociaux. Le para- médical, orthophonistes psychologues divers sont là pour maintenir la cohésion d’une famille où se joue un drame tout simple. Macha a épousé,  sans doute pour émigrer, un homme qui se disait ingénieur chimiste mais qui a trente ans de plus qu’elle et qui est le père de tous y compris de Macha. Elle est comme la grande sœur entravée par une vie où elle ne se retrouve pas. Très jolie, c’est une mère exigeante, elle est très sévère avec ses propre enfants. Mais  elle  est surveillée de près  à son tour par celui qui perd alors sa bonhomie.   Elle enchaîne des stages sans résultat contre le gré de son mari. Je l’ai découverte des fois le soir seule avec ses trois enfants, lui étant chez des copains.

Nos histoires à toutes les deux ne se ressemblent pas. La mienne m ‘a faite beaucoup plus réfléchie qu’elle. Je ne vis pas dans l’assistance, je viens plutôt l’assister sans grande  légitimité. J’ai de l’argent une jolie maison dans un quartier plus tranquille, ses enfants violents et grossiers m’ont dissuadée de les inviter. Nombreux sont ceux qui fuient cette femme à cause de ses petits monstres auxquels je me suis attachée malgré tout. Mon mari est  proche de moi, même s’il ne veut pas répondre à leurs invitations empressées. Quant à mes filles je les ai toujours adorées et je ne comprends pas la jalousie que Macha porte à son unique fille. Ces différences ne disent  pas tout de la sensibilité de chacun. J’apprécie sa douceur envers les inconnus, une gentillesse très délicate, sa noblesse d’allure qui contraste avec le reste de sa famille.

A première vue, sa pauvreté n’est pas la mienne, d’aucun dirait que tout nous sépare.

Notre christianisme ne se réfère pas à une même lecture. Cette famille fréquente le culte catholique à Marseille. Sa vision de la religion est celle d’une communauté qui se serre les coudes et qui exclut ceux qui n’en font pas partie. Au fond d’elle- même elle n’a jamais admis que le secours catholique soit ouvert aux autres, aux musulmans. Ma foi me porte à vouloir être à l’extérieur de moi, à parler aux pauvres parce que par un côté je me sens aussi démunie qu’eux. L’universalité concrète du Christ me pousse à n’avoir aucune  prévention contre une religion en particulier même si toutes les religions devenues des institutions construisent à nouveau des murs.

Mais est ce que l’amitié c’est de chercher le semblable ? Je ne sais pas comment ça s’est fait. Mais à partir d’un moment je n’étais plus celle qui l’aidait, y compris en l’écoutant, je l’écoute toujours mais avec tendresse et affection en cherchant le plus possible à la conforter dans ce qu’elle est. Pourquoi ? Parce qu’elle est maintenant mon amie, que moi- même je lui fais crédit  et sa peine son malheur je les porte en moi. C’est comme si un glacis était tombé oui vraiment une barrière. Vous me direz  mais c’est toi  mais c’est elle. Pourtant elle me donne bien plus à comprendre à découvrir même si de ce sentiment je reste étonnée.

Que communiquer de cette expérience pour qu’elle nous parle d’avenir ? En écoutant des témoignages cette relation accompagnant/accompagné se change souvent en une relation plus affective. Il s’agit sans doute d’être au -delà des préjugés dans un partage de récits complexes qui s‘entremêlent. Alors oui une espérance nait que les cloisonnements s’estompent en laissant émerger des souffrances qui sont toutes humaines. Une parole circule entre nous et avec les autres.

Enfin tout simplement je n‘ai plus peur parce que je suis riche et qu’elle est pauvre. Je n’en suis pas fière de cette terrible fracture mais je ne suis pas inquiète non plus de sa demande. Il ne s’agit pas de charité au sens d’un commerce,  ni pour moi ni pour elle.

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